lundi 5 novembre 2007

« On ne peut pas diriger un Etat en se prenant pour Zorro » - Jean-Louis Bianco – 5/11/2007

Même si les 12 000 auteurs de la Writers Guild of America sont en grève depuis lundi dernier, les studios d’Hollywood n’ont rien à craindre : de grands auteurs français sont prêts à les remplacer au pied levé. Les spécialistes des one line shot qui truffent les comedy shows de traits d’esprit ne peuvent rivaliser avec nos socialistes hexagonaux. Entre l’inénarrable François Hollande se gaussant de Christine Lagarde, comparée à Marie-Antoinette et l’ineffable Jean-Louis Bianco assimilant le Président au célèbre justicier masqué, les Walt Disney Company, 20th Century Fox ou Warner Bros ont l’embarras du choix. En 1988, la dernière grève dans l’industrie du divertissement avait duré 22 semaines et couté 500 millions de dollars aux Etats-Unis. Pour éviter un déjà-vu, l’actuel gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, ne pourra pas se contenter de son célèbre « Hasta la vista, baby ». Il aura besoin d’un bon texte, ponctué de saillies promptes à déclencher tantôt l’hilarité, tantôt le sourire complice. Or qui mieux qu’un érudit venu du pays de Molière pourrait forger des boutades subtilement dosées ? Avec pour bagages Sciences-po, l’ENA et les Mines, l’ancien secrétaire général de l’Elysée (1982-1991) fut ministre sous Bérégovoy et récemment co-directeur de campagne de Ségolène Royal. Woody Allen ne peut pas en dire autant. Et c’est un art que de poser avec exactitude les problématiques des sociétés modernes : peut-on diriger un Etat en se prenant pour Zorro ? Certains seraient tentés de répondre tout simplement oui, arguant de la jurisprudence Conan le Barbare*/Terminator* de 2003. D’autres pourraient opposer que Batman et Superman n’ont jamais sollicité de mandat, refusant de confondre héroïsme et pragmatisme. Mais attention, Zorro n’est pas n’importe qui. Né au début du XXe siècle, le célèbre justicier incarne le parangon du défenseur de la veuve et de l’orphelin. Il cache son identité derrière un masque, symbole de sa grandeur d’âme. Son bras droit, un muet, n’en pense pas moins, et son principal ennemi, un gros sergent maladroit et gentil, lui voue une admiration secrète. Comparaison n’est pas raison, dit le dicton. On observe pourtant une belle analogie entre la fiction et la réalité, de l’adjoint silencieux à l’opposant balourd. Sans doute M. Bianco n’a-t-il pas vu de rôle à sa mesure dans cette production à la française. Zorro a été une machine à rêve pour plusieurs générations d’enfants, par sa générosité, sa simplicité et son humanité. Et parce qu’il gagnait toujours contre les méchants. Puis le temps a englouti son aura, le submergeant de robots ou de mutants aux pouvoirs irréels, qui écornèrent sa gloire auprès des plus jeunes. Pourtant, nul doute qu’il aurait fait un excellent gouverneur de la Californie naissante, voire des Etats-Unis. Nous savons en France, en revanche, que l’on peut diriger un Etat en se prenant pour Dieu, que les cow-boys des ministères n’ont jamais eu besoin de six-coups pour imposer des lois toujours plus nombreuses et que depuis Henri Rochefort, les politiciens ont souvent eu la plume facile pour critiquer, rarement pour proposer. Heureusement, parfois, « un cavalier qui surgit de la nuit court vers l’aventure au galop… »


*Films avec pour héros Arnold Schwarzenegger

« Il faut faire de l’école un athlète et non plus un sumo » - Xavier Darcos, le 28/10/2008

Il y a 10 ans, Claude Allègre choisissait de comparer l’éducation publique à un mammouth qu’il convenait de dégraisser ; mais le mammouth a écrasé le ministre et a continué à brouter les vertes années de nos enfants. Malgré le réchauffement de la planète, l’éléphantidé ne semble pas suivre le chemin de ses ancêtres et s’est parfaitement adapté aux nouvelles conditions de son équilibre comme les 35 heures, les tailles basses avec string sorti pour les filles ou les caleçons apparents sur jean-sac de patates pour les garçons. Foin d’animalerie, Xavier Darcos, le ministre de l’éducation du gouvernement Fillon ne veut plus tromper énormément. Effet Bernard Laporte ou non, voici le temps du sport-roi. A moins que…Certains pourraient voir dans ce rejet du sumo une critique de Jacques Chirac, pourtant son mentor, et donc un signe d’allégeance à Nicolas Sarkozy. Chacun sait l’intérêt que porte notre ancien président à ce sport nippon, allant jusqu'à appeler son bichon maltais Sumo. Ce serait chercher la petite bête, ce qui, après un mammouth, risque d’être compliqué. Cette critique à l’encontre du sumo est d’ailleurs injuste. Tout d’abord, le sumo est un sport d’hommes, réservé aux hommes, ce qui est devenu très rare. Ensuite, les participants portent pour tout vêtement un mawashi, une bande de tissu serrée autour de la taille et de l’entrejambe, ce qui prouve leur courage. Enfin, les lutteurs ou rikishi sont sans doute un peu enveloppés, ils n’en sont pas moins des athlètes de haut niveau et suivent un régime réglementé avec réveil à 5 heures du matin et absorption du chanko nabe, une sorte de ragoût énergisant, matin, midi et soir. Trouvez-moi un écolier capable de cette astreinte et on en reparle. En réalité, il s’agit une fois de plus de faire le culte du corps, selon un modèle imposé par les magazines remplis page après page de créatures diaphanes et d’éphèbes improbables. Qu’est-ce qu’un athlète aujourd’hui ? Un sportif de haut niveau capable de se dépasser sans prendre de produits dopants ? Un gaillard aux muscles saillants recouverts d’huile, qui respire la force et fait fantasmer les donzelles et les gays ? Un combattant (du grec athlon « combat ») prêt à mourir pour sa patrie et à marcher pour qu’ « un sang impur abreuve nos sillons » ? Jules Ferry, père de l’école publique, laïque et gratuite, était également un partisan zélé de la conquête coloniale française. Il pensait sans doute que des bataillons de lettrés apporteraient une meilleure parole, et avec moins de fautes d’orthographe, aux sauvages du continent noir. Il ignorait en revanche que les athlètes les plus extraordinaires seraient d’origine africaine et se serviraient du sport comme un moyen d’attirer l’attention sur leurs conditions de vie aux Etats-Unis, comme le firent Tommie Smith et John Carlos aux Jeux Olympiques de Mexico. Les professeurs d’éducation physique apprécieront en tout cas cet hommage indirect rendu à leur travail, tandis que ceux de sumo se mettront en grève. Il est triste de penser que cela influera peu sur notre vie quotidienne. Il se peut aussi que les syndicats aient du mal à comprendre les souhaits du ministre et réclament des éclaircissements. Ceux-ci pourraient prendre la forme d’un voyage organisé pour les 800 000 enseignants à destination de Pékin en aout 2008 pour y suivre une formation accélérée en athlétisme. Une délégation pourrait même se rendre depuis la Chine jusqu’au Japon pour y constater de visu la faillite d’un système qui prend les sumos pour des Dieux alors que nous savons qu’ils ne sont même pas des athlètes. Au fait, combien de médailles avons-nous rapporté des derniers championnats du monde d’athlétisme ? Ah, deux ! On peut faire de l’école un athlète américain, please ?

LE SIECLE DES RUMEURS

Vous qui lisez ces mots avez un avantage sur moi qui les écrit : vous savez si La Rumeur était vraie. Le divorce des époux Sarkozy, premier couple de France, était annoncé par le fort sérieux quotidien La Tribune de Genève pour ce mercredi 17 octobre. Pas de commentaires officiels, mais une ribambelle de murmures, des insinuations, des canards et des couacs, du brouhaha. Et encore des commentaires sur les ouï-dire, le rôle de la presse et le droit de savoir versus la protection de la vie privée, la soi-disant auto-censure des journalistes français à cause de la collusion de leurs patrons avec le président (il paraît..). Pour finir l’inévitable mise en abîme de la presse qui s’interroge elle-même sur ses frontières et son statut et se répond que non, elle ne fait que son travail. Si ce n’est pas confirmé officiellement, on dit que c’est une rumeur, même quand on connaît la vérité. Une chose est sure, Nicolas Sarkozy se distingue une fois de plus de ses prédécesseurs. Sans parler de Tante Yvonne, icône de l’épouse effacée aux côtés du Général, les autres premières dames ont toujours respecté l’étiquette officielle et se sont comportées en femmes obéissantes au service de la nation. Les secrets bien gardés appartiennent à la petite histoire. Mais depuis la révélation « Mazarine », la dérive « pipeaule » charme les politiques qui le veulent bien. On atteint l’apogée avec cette interférence entre la vie privée et la vie publique d’un Président de la République Française. Peu m’importe qu’il y ait divorce ou non, cela ne me regarde pas. En revanche, cela me concerne en tant que citoyen car ces caquetages persistants monopolisent la parole publique et dressent un mur entre la cité et l’agora. Ce mur du son, aussi infranchissable que le mur de Berlin au beau temps de la RDA, encage la pensée libre et résiste aux attaques de raison. Les dîners en ville ne bruissent que de racontars sur le pourquoi du comment, « on a dit qu’il la… », « il parait qu’elle le… ». Après le couple Ségolène et François, voici le tour de Nicolas et Cécilia. Serait-ce une malédiction lancée par Jacques Chirac envers les candidats du second tour ? Ou simplement la preuve la plus absolue que la démocratie hexagonale fonctionne parfaitement, puisque le principal représentant des français fait mauvais ménage comme n’importe qui ? Les méchantes langues s’amusent de la rupture ; d’autres s’inquiètent des conséquences sur les affaires du pays. Et s’il se mettait à boire pour oublier, comme le mari de la gardienne de l’immeuble de mon beau-frère ? Allons, un peu de sérieux ! La société a vraiment évolué de façon incompréhensible vue de Sirius. Les valeurs incarnées et défendues par la fonction de Président de la République ne devraient pas subir les avanies du commun des mortels. Mitterrand a su faire taire les qu’en dira-t-on sur sa fille, protégeant, pour son profit certes, la fonction. Pourquoi la presse ne respecte-t-elle pas cette règle avec l’actuel chef de l’Etat ? La réponse « c’est lui qui a commencé à nous utiliser » n’est pas recevable. J’accuse notre société d’oublier les règles du jeu pour imposer la règle du je. Dessillons les yeux du peuple si nous voulons qu’il reprenne la route du progrès commun, mais respectons les institutions. Nos ancêtres romains se sont contentés du pain et des jeux, avant d’être submergés par la vague barbare. Etrange similitude avec notre XXIe siècle régressif. Qui visitera nos ruines, qui se souviendra de notre démocratie, qui reproduira nos erreurs ? Une rumeur dit que cela viendra du Sud, mais ce doit être encore un bruit infondé…

MOTS DE PASSE

Notre civilisation de l’image adore les mots, pour peu qu’ils soient imagés. De concept, ne parlons pas, d’ailleurs avez-vous croisé un intellectuel récemment ? Non, il s’agit bien de cette pornographie du langage, qui montre, éclabousse et ne laisse aucune part à la liberté. Les esprits doivent être frappés, le doute exilé, une vérité exhibée. Les politiciens modernes brillent à maîtriser cette méthode de discours, si loin du Discours de la Méthode. Quand François Fillon décrit l’Etat en situation de faillite, ce terme simple évoque immédiatement le pire, avec des résonances de rigueur, voire de ruine. Les médias s’en emparent et peuvent l’illustrer abondamment ; les syndicats, les conseillers gouvernementaux, jusqu’à Henri Guaino interviennent, non pas sur le sens, mais sur la valeur véhiculée. L’image est trop forte, elle perturbe la tranquillité de nos concitoyens. Le comble est atteint lorsqu’un mot est choisi uniquement pour ce qu’il représente. C’est le cas de Grenelle. On annonce le « Grenelle de l’environnement », le « Grenelle de l’audiovisuel », le « Grenelle de que sais-je encore ». Cet hommage insolite à la France gaullienne et à Jacques Chirac laisse peu de place à la situation réelle et néglige que ces accords ne mirent en rien fin à la grève. Pourtant, pour valoriser l’importance de tel symposium, on utilise une image forte, négligeant le contexte, privilégiant la simplification et tel un virus, le terme se propage de bouche en oreille, d’oreille en bouche. Certes, pour une fois qu’une innovation linguistique ne surgit pas de la banlieue, et se réfère à un fait historique, je ne devrais pas faire la fine bouche. Toutefois, imaginez si la réunion de 1968 s’était déroulée ailleurs. Passent encore « Les Champs-Elysées de l’environnement », de bon augure, ou le « Faubourg Saint-Honoré de l’audiovisuel », très chic ; mais aurions nous substantivé la rue du dessous-des-berges ou l’avenue Henri Martin ? Et je ne parle pas de la rue des rosiers ou de l’avenue Rapp. Franchement, le « Rapp de l’audiovisuel », vous y croyez ? Cette dérive trouvera sa conclusion soit dans le dictionnaire, et grenelle sera un nom commun masculin du XXIe siècle, signifiant assises nationales entre partenaires sociaux autour d’un thème qui semble important sur le moment, soit dans l’oubli. On pourrait égrener les mots-images prononcés par nos leaders d’opinion : de la guerre de Kouchner à l’impasse de Jospin, en passant par l’ouverture de Sarkozy, les mots frappent (encore une image) les esprits plus fortement qu’une démonstration abstraite. Rien de nouveau me direz-vous ? La différence fondamentale avec le passé repose sur l’achat comptant de ces mots-images. Ils se substituent à la réflexion et s’imposent à tous, devenant des mots d’ordre, qu’ils aient un fondement ou non. Ils viennent se coller aux images des journaux télévisés, aux photos des magazines et fabriquent un monde lisse pour la majorité des gens, toujours avides de fausses polémiques et adeptes du panurgisme de la pensée. Les intellectuels disparus au profit des pragmatiques politiques, les concepts philosophiques et moraux cèdent le pas aux images et ne nourrissent plus les débats qu’à condition d’apporter des solutions concrètes. Les jeux de mots, plaisir latin, deviennent le seul paradigme de la vivacité de l’esprit, plus encore s’ils critiquent la raison pure. On pourrait naïvement se réjouir de cette vigueur des mots dans la civilisation de l’image. Vous avez compris qu’il s’agit d’un leurre, que les mots ont été vampirisés : mordus par les images agressives, le venin de la simplification leur a été inoculé. Bientôt, ils seront lus uniquement sur un écran, cet allié indéfectible de l’image, puis ils se réduiront au strict nécessaire pour être compris des masses ; enfin, ils tomberont en poussière avec les livres abandonnés malgré les nombreux « Grenelle des mots » organisés pour leur survie.

lundi 1 octobre 2007

LES ROIS DE LA ROUTE

Entre la proposition d’un groupe de travail du « Grenelle de l’environnement » de réduire la vitesse de 10 km/h sur les routes et la volonté du gouvernement de doubler le nombre de radars sur ces mêmes routes d’ici 5 ans, inutile de se demander comment nous allons passer notre temps libre dans le futur. Finis les voitures individuelles à essence : trop polluantes, trop rapides. Nous serons dans des carrosses tirés par des chevaux, ou encore des chaises à porteurs - ça permet de créer des emplois-jeunes facilement. Bien sur, il faudra beaucoup plus de temps pour se déplacer, les maisons de campagne sentiront l’humidité et les grands-parents ne verront plus leurs petits-enfants que pour les congés d’été. Peu importe, le XXe siècle, siècle de la vitesse, est un has been et son successeur sera celui de la lenteur. Pas pour tout le monde naturellement : les convois prioritaires menés par des gendarmes cascadeurs au profit d’élus pressés de rentrer de week-end et d’éviter les embouteillages de la plèbe se multiplient, les sacrant rois de la route. Dans notre république à forte odeur de banane, ceux qui ne sont souvent que des petits marquis adorent bénéficier de menus privilèges, et le droit de ne pas perdre son temps dans les déplacements en est devenu un fameux. Ce scandale permanent ne date pas d’hier : quel homme public n’a pas rêvé d’un beau gyrophare, signe distinctif d’appartenance à une caste de seigneurs plus rare que la légion d’honneur ? Avant de passer aux chars à bœufs, on observe le retour en grâce du vélocipède dans nos cités. Tandis que les professionnels du braquet déraillent à coup de seringues et transforment des épreuves inhumaines en marché de l’OGM, nos amis les bobos s’extasient sur les bienfaits de la pédale, et pas seulement à Paris. Ah ce vélib’, effet secondaire du génocide de l’automobile en milieu urbain, quelle belle machine ! Qui, à part moi et les conducteurs de métro, n’a pas encore essayé ce moyen de locomotion écologique ? Quel bonheur de brûler les feux, d’insulter les piétons qui traversent sans méfiance à leur tour, de slalomer entre les autos en défiant les conducteurs, de mépriser le code de la route que l’on n’a jamais lu. Et le mois prochain, j’achète un scooter pour faire la même chose, mais en allant quatre fois plus vite… Est-ce bien de cette société que nous voulons ? Ce n’est pas mon choix. Devons-nous être une génération sacrifiée sur l’autel des erreurs passées ? Il semble que nous n’avons pas le choix, pour le bien de l’humanité (Mazette, quel poids sur nos épaules !). Pourtant, au lieu de réprimer, de museler et d’admonester, puis de caresser, de stimuler et de récompenser - comme on le fait pour un âne avec le bâton et la carotte - il existe une autre voie, plus créatrice et plus responsabilisante. Elle est plus exigeante et plus longue. Elle nécessite de modifier totalement notre système éducatif perverti par une tradition d’égalitarisme niveleur conjuguée au corporatisme syndical des enseignants. Elle réclame également la mort des télévisions privées, médias de masse coresponsables de l’appauvrissement intellectuel et culturel de notre société. Elle requiert enfin une mise à plat de la hiérarchie injuste imposée entre les formations et les métiers manuels, sportifs et intellectuels. Vaste chantier, utopique sans doute, mais combien plus stimulant que l’implantation de radars sur la nationale 118, soi-disant pour sauver des vies et juguler la pollution, alors qu’il ne s’agit que de totems représentant l’omnipotence de l’Etat. De toute façon, c’est inutile sur la 118, elle est toujours bouchée.

FUTUR IMMEDIAT

Paris, 31 décembre 2022. Résumé de l’allocution de la Présidente Yasmina Zidane, vidéodiffusée en HD sur les plates-formes gratuites et payantes du global media système, ainsi que sur les chaînes de télévision publiques. « Mes chers compatriotes, depuis ma prise de fonction en mai dernier, j’ai eu l’occasion de vous prouver ma détermination à protéger nos frontières des étrangers qui refusent de se soumettre au test ADN obligatoire pour tout nouvel arrivant dans notre pays. Vous vous souvenez peut-être que son instauration pour faciliter le regroupement familial en 2007 par le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avait bouleversé l’opinion, rebutant les partis, et attirant les foudres de nombreuses ONG. La droite d’alors, pourtant dominatrice, n’assumait pas ce texte jugé « ignoble » par les communistes, aujourd’hui disparus de l’échiquier politique européen. Les élucubrations les plus farfelues nourrissaient la peur de se faire traiter de raciste, oubliant que l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne appliquaient déjà une mesure similaire, fondée sur l’ADN. Certains n’hésitaient pas à contester le concept même de famille, expliquant qu’en Afrique, les frères, les cousins, les oncles et tantes vivent sous le même toit constituant aussi une famille. Finalement adoptée, cette loi ouvrait une ère nouvelle. Nous savons aujourd’hui que la biométrie facilite la vie quotidienne, permet de surveiller les délinquants et d’éviter les erreurs judiciaires. N’oublions toutefois jamais que l’immigration contrôlée n’a pu trouver son équilibre que grâce au travail extraordinaire de la CNIL pour éviter les dangereux débordements sur la vie privée. Grâce à sa vigilance et à votre implication citoyenne, mes chers compatriotes, la France est parvenue à maintenir une authentique démocratie républicaine, quand les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde poussaient la logique sécuritaire vers l’autarcie et la dictature ; l’élection de la petite-fille d’un joueur de football d’origine kabyle témoigne du succès de cette politique de contrôle mise en place il y a quinze ans. La patrie des droits de l’homme ne pouvait continuer à accueillir au détriment de ses forces vives toute la misère du monde. Quand la barque est pleine, on ne prend pas le risque de la faire chavirer pour sauver un malheureux de plus. On pense d’abord à protéger ses passagers. Accompagnée de la suppression des 35 heures, de milliers de postes de fonctionnaires partis à la retraite et non remplacés et de la réforme de l’éducation nationale, cette politique courageuse a creusé les fondements de notre société d’aujourd’hui et nous permet d’accomplir en 2023 ce nouveau pas vers l’avenir : la naissance des Etats Européens Unifiés, simplement appelés Europa. Je proposerai ma candidature au nom de la France pour être élue première Présidente d’Europa. Tous les pays protégés par le système Hélice – ce qui exclu donc la Turquie et la Grande-Bretagne – voteront avec leur carte HadéainE sur le site sécurisé du parlement européen pour choisir leur candidat. Je compte sur chacun de vous, mes chers compatriotes, pour permettre à la France de garder sa place dans le concert des nations. Merci de votre attention. »

mercredi 5 septembre 2007

LA DRAMATURGE ET LE PRESIDENT

Journal de campagne, portrait d’un ambitieux, roman politique, évènement de la rentrée littéraire, que de qualificatifs variés pour le nouveau livre de Yasmina Reza ! Si un ouvrage était attendu, c’est bien celui-la. Pas autant que le dernier Harry Potter quand même ; mademoiselle Reza ne fait pas dans le populaire. Depuis l’immense succès de la pièce de théâtre Art, elle incarne subtilement la gauche caviar, ces pipeaules ignorés par Voici et qui méprisent Gala. Et de se prendre à écrire sur le candidat Sarkozy en campagne, tel un Moati sans caméra, mais avec des mots bien choisis. Et de joliment retranscrire en langage stylisé des impressions, des moments de vie, des séances de travail. La plume se veut pinceau. Paris valait bien une messe, l’ambition littéraire vaudra bien une immersion dans l’adversité. L’objet existe, délicat, irréel, il transcende les genres et a donc atteint son but. Création philosophique sur fond authentique, L’aube le soir ou la nuit se fait précieux pour jongler avec le vulgaire. Rencontre de la dramaturge parisianiste et du harangueur des provinces. Chaque lecteur y prendra ce qu’il y vient chercher et ce qu’il y apporte : anecdotes, petits secrets révélés, réflexions sur la méthode, confirmation du personnage ou redécouverte de l’acteur. Oui, voici ce que Yasmina Reza a prélevé dans l’homme étudié : l’acteur politique, celui qui, par ses actes, joue un rôle dans l’histoire. France, septembre 2007. Après quatre mois de pouvoir, Nicolas Sarkozy continue sur le même rythme, et tous de prendre sa foulée, son braquet ou ce que vous pouvez. Les italiens nous l’envient, les américains voteraient pour lui s’il se présentait. Roi de la communication, il existe sur tous les terrains et le fait savoir, avec cette touche de vulgus pecum paternel. Il soutient le PSG au Parc des Princes, et ses fils l’accompagnent. Il accompagne les forçats de la route dans leur escalade vers l’Alpe d’Huez, sans vouloir nous faire croire qu’il les connaît. Il les connaît ! Yasmina Reza l’a côtoyé pendant une année entière et peut en témoigner. Alors quoi, c’est ça l’évènement ? Le Président de la République est un français moyen qui adore Chimène Badi, Johnny Hallyday, le vélo et le foot. On le voit torse nu sur des photos, et il dit des gros mots quand il est énervé. Il est vantard et bagarreur comme Saturnin le canard, il a peur de la fuite du temps - présupposé de la dramaturge confirmé sans surprise - il aime surtout gagner. Où se niche l’évènement ? Dans le rire gras et revanchard des plumitifs médiocres ? En réalité, il n’y en a pas. Uniquement un excellent livre qui dépasse heureusement les attentes des intellectuels de gauche et de droite, lesquels se délectaient déjà des traits d’esprits de Melle Reza aux dépens de l’avocat jugé parvenu. Le seul évènement, comme le souligne son étymologie - avènement - a déjà eu lieu : il survint le 6 mai dernier et ne cesse depuis de prendre de l’ampleur. Comme Mitterrand en son temps, Nicolas Sarkozy a enclenché un processus rénovateur de la société dans sa profondeur. Il situe les valeurs, érige les paradigmes et toujours en mouvement mène la marche. Pour aboutir totalement, il faudra un peu de temps, ce bien le plus rare et le moins substituable, mais l’acteur devenu personnage de roman inspire désormais la moindre action à tous les réalisateurs du pays, les entrepreneurs, dirigeants et hommes de bonne volonté. Alors si vous avez aimé le livre, vous adorerez le film. Prochainement partout.