lundi 5 novembre 2007

MOTS DE PASSE

Notre civilisation de l’image adore les mots, pour peu qu’ils soient imagés. De concept, ne parlons pas, d’ailleurs avez-vous croisé un intellectuel récemment ? Non, il s’agit bien de cette pornographie du langage, qui montre, éclabousse et ne laisse aucune part à la liberté. Les esprits doivent être frappés, le doute exilé, une vérité exhibée. Les politiciens modernes brillent à maîtriser cette méthode de discours, si loin du Discours de la Méthode. Quand François Fillon décrit l’Etat en situation de faillite, ce terme simple évoque immédiatement le pire, avec des résonances de rigueur, voire de ruine. Les médias s’en emparent et peuvent l’illustrer abondamment ; les syndicats, les conseillers gouvernementaux, jusqu’à Henri Guaino interviennent, non pas sur le sens, mais sur la valeur véhiculée. L’image est trop forte, elle perturbe la tranquillité de nos concitoyens. Le comble est atteint lorsqu’un mot est choisi uniquement pour ce qu’il représente. C’est le cas de Grenelle. On annonce le « Grenelle de l’environnement », le « Grenelle de l’audiovisuel », le « Grenelle de que sais-je encore ». Cet hommage insolite à la France gaullienne et à Jacques Chirac laisse peu de place à la situation réelle et néglige que ces accords ne mirent en rien fin à la grève. Pourtant, pour valoriser l’importance de tel symposium, on utilise une image forte, négligeant le contexte, privilégiant la simplification et tel un virus, le terme se propage de bouche en oreille, d’oreille en bouche. Certes, pour une fois qu’une innovation linguistique ne surgit pas de la banlieue, et se réfère à un fait historique, je ne devrais pas faire la fine bouche. Toutefois, imaginez si la réunion de 1968 s’était déroulée ailleurs. Passent encore « Les Champs-Elysées de l’environnement », de bon augure, ou le « Faubourg Saint-Honoré de l’audiovisuel », très chic ; mais aurions nous substantivé la rue du dessous-des-berges ou l’avenue Henri Martin ? Et je ne parle pas de la rue des rosiers ou de l’avenue Rapp. Franchement, le « Rapp de l’audiovisuel », vous y croyez ? Cette dérive trouvera sa conclusion soit dans le dictionnaire, et grenelle sera un nom commun masculin du XXIe siècle, signifiant assises nationales entre partenaires sociaux autour d’un thème qui semble important sur le moment, soit dans l’oubli. On pourrait égrener les mots-images prononcés par nos leaders d’opinion : de la guerre de Kouchner à l’impasse de Jospin, en passant par l’ouverture de Sarkozy, les mots frappent (encore une image) les esprits plus fortement qu’une démonstration abstraite. Rien de nouveau me direz-vous ? La différence fondamentale avec le passé repose sur l’achat comptant de ces mots-images. Ils se substituent à la réflexion et s’imposent à tous, devenant des mots d’ordre, qu’ils aient un fondement ou non. Ils viennent se coller aux images des journaux télévisés, aux photos des magazines et fabriquent un monde lisse pour la majorité des gens, toujours avides de fausses polémiques et adeptes du panurgisme de la pensée. Les intellectuels disparus au profit des pragmatiques politiques, les concepts philosophiques et moraux cèdent le pas aux images et ne nourrissent plus les débats qu’à condition d’apporter des solutions concrètes. Les jeux de mots, plaisir latin, deviennent le seul paradigme de la vivacité de l’esprit, plus encore s’ils critiquent la raison pure. On pourrait naïvement se réjouir de cette vigueur des mots dans la civilisation de l’image. Vous avez compris qu’il s’agit d’un leurre, que les mots ont été vampirisés : mordus par les images agressives, le venin de la simplification leur a été inoculé. Bientôt, ils seront lus uniquement sur un écran, cet allié indéfectible de l’image, puis ils se réduiront au strict nécessaire pour être compris des masses ; enfin, ils tomberont en poussière avec les livres abandonnés malgré les nombreux « Grenelle des mots » organisés pour leur survie.

lundi 1 octobre 2007

LES ROIS DE LA ROUTE

Entre la proposition d’un groupe de travail du « Grenelle de l’environnement » de réduire la vitesse de 10 km/h sur les routes et la volonté du gouvernement de doubler le nombre de radars sur ces mêmes routes d’ici 5 ans, inutile de se demander comment nous allons passer notre temps libre dans le futur. Finis les voitures individuelles à essence : trop polluantes, trop rapides. Nous serons dans des carrosses tirés par des chevaux, ou encore des chaises à porteurs - ça permet de créer des emplois-jeunes facilement. Bien sur, il faudra beaucoup plus de temps pour se déplacer, les maisons de campagne sentiront l’humidité et les grands-parents ne verront plus leurs petits-enfants que pour les congés d’été. Peu importe, le XXe siècle, siècle de la vitesse, est un has been et son successeur sera celui de la lenteur. Pas pour tout le monde naturellement : les convois prioritaires menés par des gendarmes cascadeurs au profit d’élus pressés de rentrer de week-end et d’éviter les embouteillages de la plèbe se multiplient, les sacrant rois de la route. Dans notre république à forte odeur de banane, ceux qui ne sont souvent que des petits marquis adorent bénéficier de menus privilèges, et le droit de ne pas perdre son temps dans les déplacements en est devenu un fameux. Ce scandale permanent ne date pas d’hier : quel homme public n’a pas rêvé d’un beau gyrophare, signe distinctif d’appartenance à une caste de seigneurs plus rare que la légion d’honneur ? Avant de passer aux chars à bœufs, on observe le retour en grâce du vélocipède dans nos cités. Tandis que les professionnels du braquet déraillent à coup de seringues et transforment des épreuves inhumaines en marché de l’OGM, nos amis les bobos s’extasient sur les bienfaits de la pédale, et pas seulement à Paris. Ah ce vélib’, effet secondaire du génocide de l’automobile en milieu urbain, quelle belle machine ! Qui, à part moi et les conducteurs de métro, n’a pas encore essayé ce moyen de locomotion écologique ? Quel bonheur de brûler les feux, d’insulter les piétons qui traversent sans méfiance à leur tour, de slalomer entre les autos en défiant les conducteurs, de mépriser le code de la route que l’on n’a jamais lu. Et le mois prochain, j’achète un scooter pour faire la même chose, mais en allant quatre fois plus vite… Est-ce bien de cette société que nous voulons ? Ce n’est pas mon choix. Devons-nous être une génération sacrifiée sur l’autel des erreurs passées ? Il semble que nous n’avons pas le choix, pour le bien de l’humanité (Mazette, quel poids sur nos épaules !). Pourtant, au lieu de réprimer, de museler et d’admonester, puis de caresser, de stimuler et de récompenser - comme on le fait pour un âne avec le bâton et la carotte - il existe une autre voie, plus créatrice et plus responsabilisante. Elle est plus exigeante et plus longue. Elle nécessite de modifier totalement notre système éducatif perverti par une tradition d’égalitarisme niveleur conjuguée au corporatisme syndical des enseignants. Elle réclame également la mort des télévisions privées, médias de masse coresponsables de l’appauvrissement intellectuel et culturel de notre société. Elle requiert enfin une mise à plat de la hiérarchie injuste imposée entre les formations et les métiers manuels, sportifs et intellectuels. Vaste chantier, utopique sans doute, mais combien plus stimulant que l’implantation de radars sur la nationale 118, soi-disant pour sauver des vies et juguler la pollution, alors qu’il ne s’agit que de totems représentant l’omnipotence de l’Etat. De toute façon, c’est inutile sur la 118, elle est toujours bouchée.

FUTUR IMMEDIAT

Paris, 31 décembre 2022. Résumé de l’allocution de la Présidente Yasmina Zidane, vidéodiffusée en HD sur les plates-formes gratuites et payantes du global media système, ainsi que sur les chaînes de télévision publiques. « Mes chers compatriotes, depuis ma prise de fonction en mai dernier, j’ai eu l’occasion de vous prouver ma détermination à protéger nos frontières des étrangers qui refusent de se soumettre au test ADN obligatoire pour tout nouvel arrivant dans notre pays. Vous vous souvenez peut-être que son instauration pour faciliter le regroupement familial en 2007 par le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avait bouleversé l’opinion, rebutant les partis, et attirant les foudres de nombreuses ONG. La droite d’alors, pourtant dominatrice, n’assumait pas ce texte jugé « ignoble » par les communistes, aujourd’hui disparus de l’échiquier politique européen. Les élucubrations les plus farfelues nourrissaient la peur de se faire traiter de raciste, oubliant que l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne appliquaient déjà une mesure similaire, fondée sur l’ADN. Certains n’hésitaient pas à contester le concept même de famille, expliquant qu’en Afrique, les frères, les cousins, les oncles et tantes vivent sous le même toit constituant aussi une famille. Finalement adoptée, cette loi ouvrait une ère nouvelle. Nous savons aujourd’hui que la biométrie facilite la vie quotidienne, permet de surveiller les délinquants et d’éviter les erreurs judiciaires. N’oublions toutefois jamais que l’immigration contrôlée n’a pu trouver son équilibre que grâce au travail extraordinaire de la CNIL pour éviter les dangereux débordements sur la vie privée. Grâce à sa vigilance et à votre implication citoyenne, mes chers compatriotes, la France est parvenue à maintenir une authentique démocratie républicaine, quand les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde poussaient la logique sécuritaire vers l’autarcie et la dictature ; l’élection de la petite-fille d’un joueur de football d’origine kabyle témoigne du succès de cette politique de contrôle mise en place il y a quinze ans. La patrie des droits de l’homme ne pouvait continuer à accueillir au détriment de ses forces vives toute la misère du monde. Quand la barque est pleine, on ne prend pas le risque de la faire chavirer pour sauver un malheureux de plus. On pense d’abord à protéger ses passagers. Accompagnée de la suppression des 35 heures, de milliers de postes de fonctionnaires partis à la retraite et non remplacés et de la réforme de l’éducation nationale, cette politique courageuse a creusé les fondements de notre société d’aujourd’hui et nous permet d’accomplir en 2023 ce nouveau pas vers l’avenir : la naissance des Etats Européens Unifiés, simplement appelés Europa. Je proposerai ma candidature au nom de la France pour être élue première Présidente d’Europa. Tous les pays protégés par le système Hélice – ce qui exclu donc la Turquie et la Grande-Bretagne – voteront avec leur carte HadéainE sur le site sécurisé du parlement européen pour choisir leur candidat. Je compte sur chacun de vous, mes chers compatriotes, pour permettre à la France de garder sa place dans le concert des nations. Merci de votre attention. »

mercredi 5 septembre 2007

LA DRAMATURGE ET LE PRESIDENT

Journal de campagne, portrait d’un ambitieux, roman politique, évènement de la rentrée littéraire, que de qualificatifs variés pour le nouveau livre de Yasmina Reza ! Si un ouvrage était attendu, c’est bien celui-la. Pas autant que le dernier Harry Potter quand même ; mademoiselle Reza ne fait pas dans le populaire. Depuis l’immense succès de la pièce de théâtre Art, elle incarne subtilement la gauche caviar, ces pipeaules ignorés par Voici et qui méprisent Gala. Et de se prendre à écrire sur le candidat Sarkozy en campagne, tel un Moati sans caméra, mais avec des mots bien choisis. Et de joliment retranscrire en langage stylisé des impressions, des moments de vie, des séances de travail. La plume se veut pinceau. Paris valait bien une messe, l’ambition littéraire vaudra bien une immersion dans l’adversité. L’objet existe, délicat, irréel, il transcende les genres et a donc atteint son but. Création philosophique sur fond authentique, L’aube le soir ou la nuit se fait précieux pour jongler avec le vulgaire. Rencontre de la dramaturge parisianiste et du harangueur des provinces. Chaque lecteur y prendra ce qu’il y vient chercher et ce qu’il y apporte : anecdotes, petits secrets révélés, réflexions sur la méthode, confirmation du personnage ou redécouverte de l’acteur. Oui, voici ce que Yasmina Reza a prélevé dans l’homme étudié : l’acteur politique, celui qui, par ses actes, joue un rôle dans l’histoire. France, septembre 2007. Après quatre mois de pouvoir, Nicolas Sarkozy continue sur le même rythme, et tous de prendre sa foulée, son braquet ou ce que vous pouvez. Les italiens nous l’envient, les américains voteraient pour lui s’il se présentait. Roi de la communication, il existe sur tous les terrains et le fait savoir, avec cette touche de vulgus pecum paternel. Il soutient le PSG au Parc des Princes, et ses fils l’accompagnent. Il accompagne les forçats de la route dans leur escalade vers l’Alpe d’Huez, sans vouloir nous faire croire qu’il les connaît. Il les connaît ! Yasmina Reza l’a côtoyé pendant une année entière et peut en témoigner. Alors quoi, c’est ça l’évènement ? Le Président de la République est un français moyen qui adore Chimène Badi, Johnny Hallyday, le vélo et le foot. On le voit torse nu sur des photos, et il dit des gros mots quand il est énervé. Il est vantard et bagarreur comme Saturnin le canard, il a peur de la fuite du temps - présupposé de la dramaturge confirmé sans surprise - il aime surtout gagner. Où se niche l’évènement ? Dans le rire gras et revanchard des plumitifs médiocres ? En réalité, il n’y en a pas. Uniquement un excellent livre qui dépasse heureusement les attentes des intellectuels de gauche et de droite, lesquels se délectaient déjà des traits d’esprits de Melle Reza aux dépens de l’avocat jugé parvenu. Le seul évènement, comme le souligne son étymologie - avènement - a déjà eu lieu : il survint le 6 mai dernier et ne cesse depuis de prendre de l’ampleur. Comme Mitterrand en son temps, Nicolas Sarkozy a enclenché un processus rénovateur de la société dans sa profondeur. Il situe les valeurs, érige les paradigmes et toujours en mouvement mène la marche. Pour aboutir totalement, il faudra un peu de temps, ce bien le plus rare et le moins substituable, mais l’acteur devenu personnage de roman inspire désormais la moindre action à tous les réalisateurs du pays, les entrepreneurs, dirigeants et hommes de bonne volonté. Alors si vous avez aimé le livre, vous adorerez le film. Prochainement partout.

jeudi 19 juillet 2007

REVE D’ENFANCE

Lorsque j’étais enfant, vers 9 ou 10 ans, je voulais être Président. Ou Pape. Ca dépendait des jours. Pape, c’était plus vaste, mais je ne croyais pas en Dieu, et cela me semblait éliminatoire pour le poste. Je me souviens de l’élection de 1974, le suspense touchait à son paroxysme. Giscard, non Mitterrand, ah VGE repasse en tête. Oui, il a gagné. Tous les regards, les espoirs, les craintes aussi, convergeaient vers un seul homme, l’Elu. Oui, me dis-je alors, je serais Président de la République, et tout le monde m’aimera, je pourrai faire le bien, les vilains cocos (je savais depuis deux ans qu’il ne s’agissait pas de singes) ne pourront pas nous envahir. Le journal de Mickey sera distribué gratuitement, Saint-Etienne gagnera la coupe d’Europe des clubs champions, et Elvis Presley donnera un concert rien que pour moi. Les rêves d’enfants passent avec le temps, on se penche sur les choses sérieuses comme l’acné, les seins des filles, les manifestations étudiantes et le cinéma. On intègre Sciences-po mais la foi a disparu. Pas pour tout le monde. Certains y croient plus dur que d’autres, et ils ont raison : Nicolas Sarkozy a fait jouer Michel Polnareff sur le champ de Mars, rien que pour lui et quelques autres ; il a fait défiler comme dans son imaginaire de loupiot toutes les armées européennes sur les Champs-Elysées ; il ne lui reste plus qu’à faire gagner le championnat au PSG, mais enfin là, à l’impossible nul n’est tenu. C’est quand même extraordinaire, cette propension à transformer le rêve en réalité ! Et la France, cette vieille coquette trop maquillée, fond pour ce séducteur, enjôleur, baratineur qui trouve les mots pour lui redonner envie de plaire, de faire, d’exister. A marche forcée, à la baïonnette, à la hussarde, elle se fait prendre comme au temps du Général. « Et bien se dit la vieille, qu’on me désire encore, ce serait extraordinaire et pour tout dire inespéré ». Brassens l’a chanté, Nicolas l’a incarné. Ce Nicolas Sarkozy, quel bel homme, pourrait dire Laurent Gerra imitant un Jack Lang conquis à son tour. Et tandis que se poursuit la session parlementaire extraordinaire, les français confiants et repus laissent les clés de la République à leur nouvel héros et s’évanouissent sur les plages humides, dans les montagnes pleines de vélos sans seringues ou au cœur des campagnes si vertes qu’un radar s’est perdu. Dans 45 jours déjà, la fin des amours de vacances : la France se retrouvera-t-elle abandonnée ? Fera-t-elle une poussée de fièvre jalouse : tu ne me regardes plus comme au printemps, Nicolas, tu en aimes une autre, cette Europe bien grasse qui déborde de partout, jusqu’en Turquie. Ou bien cette Afrique cambrée et souriante, j’ai bien vu comment tu voulais la persuader de vivre avec nous si elle accepte de parler français et de faire garder ses enfants par la tribu. Tu m’avais promis que tu m’aimerais toujours, que j’étais la seule. Pas si facile d’être Président ! Après l’état de grâce surgit toujours la crise de confiance, comme dans un couple. C’est à la façon de la gérer que se gagnent ou se perdent les quatre ans et demie qui suivent. Gageons que la dynamique présidentielle ne sera pas enrayée par les pâles et rares rayons de soleil de l’été français. Et si la photosynthèse ne suffit pas, il reste encore les UV.

lundi 9 juillet 2007

LE TEMPS DES MAGICIENS


Tous les magiciens ne prononcent pas la même formule pour combattre les forces du mal. Cette semaine, deux grands sorciers utilisent des sortilèges pour triompher de leurs ennemis ; le résultat en sera forcément différent. Le célèbre Harry Potter tente de convaincre les fonctionnaires du ministère de la magie que celui-qu’on-ne-doit-pas-nommer est de retour. Ces incrédules se protègent en nommant un nouveau directeur dont la tâche principale sera d’humilier le présomptueux chenapan. Heureusement, le malicieux enchanteur vaincra les méchants et les lâches, non sans subir de douloureux dommages collatéraux. Encore plus fort, Nicolas Sarkozy emploie deux incantations à la fois, la première pour détruire de l’intérieur le Parti Socialiste, la seconde pour faire avaler des couleuvres à ses amis. Répertoriée sous le terme d’Ouverture dans le grand livre de la magie politique, cette pratique qui englobe les deux charmes est particulièrement complexe à réussir et nécessite une dextérité, une expérience et une puissance au dessus de la moyenne. Nombreux sont ceux qui l’ont invoquée ; peu y sont parvenus sans créer de terribles effets pervers : révolution, dissolution, échec aux élections. Les outrecuidants mages ne sont plus que souvenirs oubliés… Nicolas Sarkozy prouve qu’il n’a pas peur de l’échec, car sa confiance est inébranlable. Il faut dire que le terrain est propice aux expérimentations : le PS n’en fini plus de s’effondrer sur lui-même, ses membres éminents fuient par chaque ouverture, tels des éphémères attirés par la lumière brillante du soleil. Ils savent qu’ils vont brûler, mais ils foncent droit devant. Car derrière eux, la sirène Segolenator avance et ne leur laissera aucune chance. Entre deux maux, autant choisir celui que l’on n’a pas encore subi. Plus difficile, la seconde partie de l’enchantement consiste à violer la droite qui pensait avoir gagné le droit à participer à une politique économique libérale et qui observe ses adversaires lui prendre les postes auxquels elle prétendait. Il s’agit, mesdames, messieurs, d’un tour extrêmement difficile, je vous prierais de retenir votre souffle, de vous armer de patience et de me faire confiance. Dès que le premier sortilège aura rempli son office, à savoir la désintégration de la gauche classique, je viendrais solliciter quelques-uns parmi vous pour bâtir le grand parti du Président, ni droite, ni gauche, ni centre. Des hommes et des femmes, à parité, des blancs, des noirs et des arabes, à parité, des asiatiques s’ils le demandent, chaque tranche d’âge représentée, des gays et des hétéros, des sportifs et des fumeurs, des patrons et des salariés, tous à parité. Et nous montrerons au monde que la France est redevenu le pays le plus progressiste du monde. Ensuite, je vous montrerai un nouveau tour de magie pour résorber le déficit public. Applaudissements. Mérités. Après Besson, Kouchner et Bockel, DSK et Jack Lang vont-ils être « piégés » à leur tour par le nouvel Houdini ? Certains socialistes applaudissent, François Hollande garde seul une maison gruyère qu’il défend avec conviction et sans espoir, face à la double adversité de Ségolenator et du magicien Sarkozyni. En 1969, le grand Ensorceleur Mitterrand avait métamorphosé la SFIO en PS, avec la rose comme baguette magique. Il semble bien que 2007 sonne comme le début de la fin de cette formidable illusion, qui parvint à brouiller les esprits de nombreux spectateurs pendant près de quarante ans, survivant à son créateur. Et voici que s’annonce la tempête fomentée par une magicienne nouvellement diplômée, pour que renaisse le mirage d’une gauche républicaine responsable. La magie n’est pas prêt de quitter le monde.

PG-09 juillet 2007

lundi 2 juillet 2007

L’AFFAIRE GUY ROUX

En 1995, il y a eu l’arrêt Bosman, célèbre décision de la Cour de Justice Européenne, qui a profondément transformé le football en appliquant aux joueurs le droit à la libre circulation des travailleurs entre états membres. Depuis, nos meilleurs joueurs se font encourager par les anglais, les espagnols ou les italiens, et notre championnat, survalorisé financièrement, est le théâtre de l‘affrontement de seconds couteaux, de jeunes pousses et de futurs retraités. En 2007, y aura-t-il un arrêt Guy Roux ou même une loi Guy Roux ? Le Président de la République, madame le ministre des finances, et madame le ministre des sports sont tous intervenus, à différents niveaux, pour défendre le droit au travail de l’idole du peuple d’Auxerre parti pour Lens. Quoi, on veut empêcher un homme, qui plus est une personnalité, de travailler après 65 ans ! C’est honteux. Injuste. Que ce soit la règle de la Charte de la corporation, que Guy Roux l’ai acceptée dans un premier temps, ce n’est pas une raison pour ne pas s‘en émouvoir ensuite… Il est bien triste de constater qu’une fois de plus, la polarisation des médias sur le cas d’un people représente le meilleur moteur, sinon le seul, pour transformer la société. La pyramide des âges est devenue un cylindre, les seniors peuvent en remontrer aux plus jeunes, et Jeannie Longo, 48 ans, est devancée par Edwige Pitel, 40 ans aux derniers championnats de France de cyclisme féminin. Fini le jeunisme. Les gamins, vous devrez patienter avant de nous prendre nos places, car avec la future loi Guy Roux, on s’arrêtera quand on voudra. Et si on veut faire une pause une année et revenir ensuite, il vous faudra nous laisser la place. Et toc ! Reste que cette situation n’est pas sans répercussion sur la société. Je ne parle pas des 21% de chômeurs de moins de 25 ans - parmi ceux-ci, trois sont candidats (d’après mes sources) au poste d’entraîneur de Lens si Guy Roux n’obtient pas gain de cause : leur nombre ira croissant si la croissance ne croît pas. Je m’interroge sur la montée du tanguysme, ce phénomène décrit par Etienne Chatilliez en 2001 dans le film Tanguy. En effet, avec la loi Guy Roux, la concurrence entre jeunes et vieux se fera évidemment au détriment de la bleusaille, inexpérimentée mais aux revendications salariales insensées. Donc fini le travail pour les jeunes. Dès lors, pas de travail, pas de logement, pas de logement, pas de travail. Or, les parents étant de plus en plus responsables des faits et gestes de leur progéniture, impossible de les laisser dans la nature livrés à eux-mêmes, sous peine de prison pour les dits parents. Les enfants vont donc rester au sein du nid parental, et tel des parasites, vivre aux crochets des aïeux, rançonnant le grand-père à sa sortie de bureau, mettant la mamie sous pression pour confisquer sa prime de compétitivité. Ce sera l’enfer sur Terre pour les plus de 40 ans. La lutte des classes deviendra la lutte des âges. Ignorant les bienfaits du travail, cette génération transmettra à sa descendance les valeurs de la sangsue et du ver solitaire. Le savoir sera perdu ; faute de travailleurs, les entreprises fermeront leurs portes les unes après les autres. Il n’y aura plus de transports, on cueillera des fruits pour se nourrir et l’espère humaine s’éteindra, incapable de se défendre contre les animaux redevenus sauvages. Et tout ça parce que Guy Roux a voulu, ce jour de juin 2007, recommencer à travailler à 68 ans… Au fait, qu’en pensent MM. Le Lay et Mougeotte ?

PG-2 juillet 2007